Українська та зарубіжна поезія

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IMMEUBLE II



Paris 1970 ou 1973. Les chiens, les titres de journal,
le klaxon repete d’une voiture dans le passage
et les maries dans un taxi. La fenêtre
n’est qu’entrouverte et toutes les transparences
grandissent quand la porte, toutes les portes se
referment.
Ou est-ce simplement le bruit des cles jetees sur une
table
et la cigarette qui se fume toute seule, comme ici. On
aperçoit au fond
cette horloge arrêtee des scènes de theâtres, quand
l’acteur ne sait plus ce qu’il faut dire ou comme si, dans
un couloir,
il regardait soudain qui peut bien le suivre,
devant un miroir qui le refleterait alors qu’il n’y a rien
en face de lui,
devant un miroir oublie d’instants morts plus forts que
la mort,
et peut-être y a-t-il quelqu’un d’immobile sur un lit et
peut-être est-il en avance
à un rendez-vous que personne
ne lui a fixe. Des pas s’eloignent : ils s’approchent. On
parle aussi dans l’escalier.
Un talon claque. Des verres traînent sur un plancher.
(Dimanches clairs et vides ou, qui sonneraient à
l’envers,
des heures mal comptees, trop lentes.
Et des points de repère reels, mais provisoires,
des avions, des banlieues, mais tout cela n’est pas cer-
tain).
Seulement quand un metro passe on sent parfois trem-
bler les vitres
et la force du monde ou quelque chose
d’abord comme un pas lourd sur un parquet
tremblant,
presque des mots. Martèlements
qu’on n’entend pas. On n’entend pas
ce qui est enferme dans de la peau brûlante,
le temps dehors, les voix debout. En face
les grues sont comme dessinees sur le ciel
et tout paraît si neuf et la proximite si grande
qu’un souffle aussitôt les efface. Le ciel est un peu gris,
les choses plutôt jaunes à cause d’un midi d’automne.
En bas
quelqu’un regarde une moto en mâchant un sandwich.
Un Noir au long manteau, près de l’arrêt de l’autobus,
arrange sur le sol des bibelots, des ceinturons, des
masques,
et s’assoit sur le banc, le dos tourne. Il a
un bonnet de laine et les passants de tous les jours
ont tous le même corps, les mêmes bras, les mêmes
jambes. Mais on ne sait pas
s’ils vont ou s’ils viennent, on ne sait plus à quel
moment
c’etait. Le doigt de la mendiante, sur sa canne d’alumi-
nium
– quand elle s’arrête titubante pour injurier les maga-
sins –
est potele, bruni par la crasse et par la terre. Les arbres
sont poilus et font des gestes incomprehensibles
jusqu’au troisième etage des immeubles aux lourds
frontons de pierre.
La gare droite comme un temple marque l’heure un
peu plus loin,
entre les colonnes doriques de fonte noire et les
affiches on voit encore
les drapeaux sur une voiture comme des enfants qui
courent,
mais c’est tout. La lumière cette fois
recule et jusqu’à l’horizon,
on n’entend, de nouveau, que le bruit de la ville.

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IMMEUBLE II - DOMINIQUE GRANDMONT