Українська та зарубіжна поезія

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LE SALUT EST PARTOUT

À Serge Sautreau.

Il me dit soudain : La vie est la forme approximative de la
vraie vie. Je levai les yeux vers lui. Il se pencha legère-
ment vers moi et ajouta : Mais oui : la vie n ‘est pas separee
de la vraie vie.
Celui qui, les bras croises de l’autre côte de la porte,
nous ecoutait, fit comme s’il n’avait rien entendu.
Nous nous trouvions sur le seuil d’une grande mai-
son abandonnee du Sud. Je les avais rejoints parce que,
dans mon rêve, ils m’avaient invite – là. Mais en regar-
dant plus attentivement celui qui ne disait rien, je
reconnus la frontière du siècle, au-delà de tous les mots.
Le salut est partout, continua-t-il, mais il n’offre aucune
garantie de survie.
C’est à ce moment que l’autre se detacha du mur
auquel il s’adossait. Nous le vîmes marcher dans les
herbes, se baisser brusquement, ramasser un bout de
bois, puis, d’un pas plus rapide franchir la barrière, la
refermer derrière lui et disparaître de l’autre côte des
arbres.
Il va allumer un feu, dis-]e.
Il y jettera son bout de bois, repondit-il.
Comme nous regardions la barrière blanche, un grand
silence prolongea la disparition de celui qui s’etait tu.
A la fin, pour l’interrompre, je trouvai cette phrase : Les
eclipses servent à mieux percevoir le soleil
Il baissa les yeux et murmura : Tout se passe parfois
comme si l’on souriait sans raison au vide.
Mal refermee sans doute, la barrière se rouvrit alors
toute seule et, quand elle fut complètement ouverte,
une enorme bouffee de chaleur nous inonda, dans le
chant des cigales.
L’eternite venait d’entrer dans le jardin.


LE SALUT EST PARTOUT - ALAIN JOUFFROY