Українська та зарубіжна поезія

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LE MONDE DE L’HOMME

L’homme est le monde et le monde existe devant lui
parce qu’il existe devant le monde. Quand il touche ce
que ses yeux voient il touche ses propre yeux et il fait la
nuit sur son corps et sur le monde. L’homme se touche
pour toucher le monde, et le monde tout ender le
recouvre complètement.
Chaque homme voit ce que l’autre ne voit pas parce
qu’il n’y a pas un seul monde pour tous mais un monde
pour chacun. Avec ce que tous les hommes voient du
monde, cela fait le monde. Le monde n’est pas seule-
ment ce que l’homme voit, mais ce que tous les hommes
ont vu depuis le debut des temps et ce que tous en ver-
ront jusqu’à la fin de l’homme.
Le monde apparaît et disparaît, devant l’homme il
s’allume et s’eteint pour apparaître et disparaître sans
cesse. L’homme compte le jour et la nuit, il compte que
le monde n’en finit pas d’appeler le monde. Dans les
yeux de l’homme l’infini est là pour colorer le ciel d’une
infinite de soleils.
Le vent est le souffle de l’homme parce que l’homme
est le monde et que son souffle est le vent. Sans l’homme
il n’y aurait plus de monde et la terre ne serait plus
qu’une boule obscure perdue dans l’univers sans fin.
Pour vivre, l’homme dent ses yeux dans le soleil et ses
yeux retiennent le feu dans le ciel et font renaître le
monde à tout moment devant lui.
L’homme court dans sa tête, il ne s’arrête pas de cou-
rir en elle pour que le monde ne s’arrête pas de tour-
ner autour du soleil. L’homme tourne dans sa tête, il va
si vite qu’il se lève et se couche comme s’il faisait le tour
de la terre. Il ouvre et ferme les yeux pour se lever et se
coucher dans le jour et la nuit.
L’homme vit en lui, et en lui sa mort n’est pas seule-
ment la fin de son propre corps mais aussi la fin de tous
les autres, la fin du monde que chaque homme porte
comme il porte la terre sous ses pieds, ou l’obscurite
qui retient son corps au sol.
L’homme sait que seul l’amour le sauve et le perpe-
tue indefiniment dans la nuit. Avec l’amour il entre
partout pour s’introduire dans tout jusqu’à penetrer le
monde dans une jouissance continue. Car il sait aussi
que si avant la vie il n’y eut rien qu’il ne sût, après la
mort non plus.
Si l’homme ne sait pas s’il est ou non le seul être
humain dans l’univers c’est parce qu’il pense et qu’il
est libre de penser s’il est ou non le seul homme. S’il le
savait il ne penserait plus. L’homme pense parce qu’il
ne sait pas. L’image la plus juste de l’infini c’est de ne
pas savoir.
L’homme cherche devant lui ce qui a pu l’amener
jusque-là, et il voit que rien ne s’arrête au-delà : le vide
illimite qui l’entoure n’engendre en lui qu’un mouve-
ment demesure qui le fait avancer si vite qu’il se pro-
jette hors de lui. Les yeux ecarquilles il plonge tout
ender dans le feu. Il perd sa peau, la chair de son corps
s’echappe et se repand sur un espace immense. Il
devient sans forme et du même coup la ligne d’horizon
se brise, tout devient sans fin. Il pense comme per-
sonne n’a jamais pense. Sa pensee ne se confient nulle
part, elle emplit l’infini. L’homme est libre dans 1′
pace qu’il invente.

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LE MONDE DE L’HOMME - JEAN-LUC PARANT