Українська та зарубіжна поезія

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LE TOUT, LE RIEN

I
C’est la dernière neige de la saison,
La neige de printemps, la plus habile
A recoudre les dechirures du bois mort
Avant qu’on ne l’emporte puis le brûle.
C’est la première neige de ta vie
Puisque, hier, ce n’etaient encore que des taches
De couleur, plaisirs brefs, craintes, chagrins
Inconsistants, faute de la parole.
Et je vois que la joie prend sur la peur
Dans tes yeux que dessille la surprise
Une avance, d’un grand bond clair : ce cri, ce rire
Que j’aime, et que je trouve meditable.
La semence dans nos mains sombres, pour d’autres
flaques
Au secret d’autres champs ” barres de pierres ” ?
Certes, le lieu pour vaincre, pour nous vaincre, c’est ici
Dont nous partons, ce soir. Ici sans fin
Comme cette eau qui s’echappe de l’auge.
Car nous sommes bien proches, et l’enfant
Est le progeniteur de qui l’a pris
Un madn dans ses mains d’adulte et souleve
Dans le consentement de la lumière.

II
Oui, à entendre, oui, à faire mienne
Cette source, le cri de joie, qui bouillonnante
Surgit d’entre les pierres de la vie
Tôt, et si fort, puis faiblit et s’aveugle.
Mais ecrire n’est pas avoir, ce n’est pas être,
Car le tressaillement de la joie n’y est
Qu’une ombre, serait-elle la plus claire,
Dans des mots qui encore se souviennent
De tant et tant de choses que le temps
A durement labourees de ses griffes,
– Et je ne puis donc faire que te dire
Ce que je ne suis pas, sauf en desir.
Une façon de prendre, qui serait
De cesser d’être soi dans l’acte de prendre,
Une façon de dire, qui ferait
Qu’on ne serait plus seul dans le langage.

III
Te soit la grande neige le tout, le rien,
Enfant des premiers pas titubants dans l’herbe,
Les yeux encore pleins de l’origine,
Les mains ne s’agrippant qu’à la lumière.
Te soient ces branches qui scintillent la parole
Que tu dois ecouter mais sans comprendre
Le sens de leur decoupe sur le ciel,
Sinon tu ne denommerais qu’au prix de perdre.
Te suffisent les deux valeurs, l’une brillante,
De la colline dans l’echancrure des arbres,
Abeille de la vie, quand se tarira
Dans ton rêve du monde ce monde même.
Et que l’eau qui ruisselle dans le pre
Te montre que la joie peut survivre au rêve
Quand la brise d’on ne sait où venue dejà disperse
Les fleurs de l’amandier, pourtant l’autre neige.

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LE TOUT, LE RIEN - YVES BONNEFOY