Українська та зарубіжна поезія

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Seuls quelques-uns le peuvent. Connaître la joie

Seuls quelques-uns le peuvent. Connaître la joie
Par la route blanche de la misère. Solitaires
Comme Dieu qui ne brise pas son silence ils voient
Les formes fleurs des sens les barques leurs chaînes.
Seuls quelques-uns le peuvent. Retenir ce fleuve
Qui emporte les autres. S’y noyer parfois
Pour revivre. Temps simultane ici et là.
En bas Jesus prêchant et plus haut la colline.
Seuls quelques-uns le peuvent. Ils font l’histoire.
Les rois meurent, les provinces cessent, les soldats
De la revoludon descendent en auto l’espoir.
Seuls quelques-uns le peuvent. Écrire le Livre.
Solitaires fragiles sous les terribles pas.
Aucun phare n’eclaire leur lourde nuit marine.

Nous eûmes une belle jeunesse. Il advint
Que par amour nous voulûmes mourir. Folie.
Sur les trente ans on nous arracha les deux mains.
Mais pour rire on nous laissa notre vie.
Tel II fut. Je viens de relire Aristophane.
C’est effrayant et vert comme rien n’a vieilli.
Prends le vase, jette ces roses qui se fanent.
Les fleurs les plus fraîches ne passent pas midi.
Et toujours ces questions si vieilles que nous sommes
Fadgues de ne pas repondre. Faire la somme
De nos connaissances, de nos amours, de nos chants,
Vivre et être vecu n’est pas une reponse,
Et Dieu, cela fait si longtemps! Où est-Il?
Perspectives finales : midi – la mer…

Nous eûmes une belle jeunesse. On perça
Notre cœur qui n’avait pas fini de mourir.
Sur notre enfance passèrent les soldats.
Nous eûmes honte. L’homme par nous n’a pas fini de
souffrir.
Nous crûmes à la revolution. Nous eûmes
Notre petite croyance. Un congrès cassa
La tige. Au lieu de voir les fleurs nous vîmes les monstres.
Nous serons morts lors de l’autre printemps.
Nous eûmes une belle jeunesse. La honte.
Puis un amour qui fut une honte. Et le silence.
Un-deux les jambes, trois les bras, on remonte
Et on redescend. Nous eûmes une belle jeunesse.
Beaucoup de pas dans le monde immobile –
Le poids de l’immobilite dans chacun de nos pas.

Seuls voyagent ceux qui ne se prostituent pas.
Christ, nous sommes tous entres dans l’heure blanche
De la prostitution. Le poids de l’eau est dans nos pas.
Nous adorons cet ocean qui se dehanche.
T’ai-je aime qui fus dans le mystère
Du saint des saints où l’or porte le bleu. Ai-je aime
Ton Visage qui sut couvrir la terre
Moi qui ne sais plus rien d’Angkor ou de Philae?
Je vois. Des navires finnois dechargent dans mon port.
Mes filets sont legers de tant de blessures.
Tu parles une langue d’algues et de murmures.
Insurrection, vigueur, mais où plus rien ne reste à
vaincre?
Je vis si loin du chaud où montent les colonnes –
Je vends mes mots et je devine, au fond, des hommes.


Seuls quelques-uns le peuvent. Connaître la joie - PIERRE GARNIER