Je crois te retenir immobile. Tu dors - JEAN SeNAC

Je crois te retenir immobile. Tu dors.
Je marche emerveille dans les jours de ta face.
Je denombre les lieux où bientôt la grimace
Viendra nous rappeler la misère et la mort.
Je souffre. Je voudrais qu’un instant tout s’arrête,
Que ce sommeil de loup soit ta cire et ton vol,
Que rien ne se delie, et des cheveux au col,
Que plus jamais ne bouge un trait de cette tête.
Nous sommes sans repit de seconde en seconde
Un homme different dont l’honneur s’amollit,
Étranger au suivant, un horizon sans lit.
Notre nom seul echappe à cette obscure ronde.
Ainsi demain dejà le pli de tes narines
Aura tourne, ta joue aura bosses ou creux.
Imperceptiblement le temps refait nos yeux.
En te mieux connaissant, tout cela je devine.
Oh non! Pouvoir ici fixer ta force intacte
D’un geste! Il suffirait d’un artiste assassin
Pour arrêter le cours feroce et les essaims
De Dieu qui font leur miel avec nos moindres actes.

Je crois te retenir immobile. Tu dors