Українська та зарубіжна поезія

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VIEUX PAYS

Ombre d’une aube qui fut,
offrande imprevue du souvenir
pour une vie embellie.

À Georges-Emmanuel Clancier.

Les legendes se forment sous nos pas. Dejà
la nostalgie embrume les eclats
d’un pays qui se defait,
va l’aneantir pour le parfaire plus poignant.
J’ai trop tarde à l’honorer, il est temps.
Homme de l’avenir, il te faudra le connaître en rêve,
celui que nous avons aime dans nos yeux, sous nos
mains.
Monde premier, reconnaissable encore en l’aujourd’hui.
J’aime ceux qui l’ecoutent et qui savent l’entendre,
ceux qui ont garde l’oreille de leur enfance,
les seuls heritiers d’eux-mêmes dans un souffle qui
vient de loin.
Ils avancent entraînes par des voix qu’ils retrouvent.
Ils vont se tenir dans une fête à ses derniers feux.
La bienveillance derrière chaque tournant devinee
n’avait pas menti. Voici qu’on tire l’eau à la pompe,
la soupe cuit avec des poireaux et le pain
devant les collines etagees est rompu,
l’homme de l’ancien pacte est là toujours,
grave et qui s’affaire car il est tard.
Nous qui sommes revenus quelquefois
dans cet enclos que l’ombre embellit –
après tant de passages la conscience est lasse,
alourdi notre elan trouve ici un repit –
voici, comme un arc-en-ciel d’après nos desastres,
que des yeux de l’homme fidèle, de ses mains,
s’eveille et nous emporte parmi elle une gloire
où les prises des racines et l’impatience de lumière
composent une reconciliation timide. Oh! Sachons
accueillir
le langage de l’autrefois dans l’âme bouleversee 1
Pour gagner sa place dans l’harmonie violente
il a pris parti pour la terre,
le grand frère enfantin qui nous a precedes.
Dans la compagnie de la douleur qui ne demordra pas,
dans la modestie de son courage avec confiance,
chaque jour il renouvelle sa reponse
aux paroles de la terre.
Oh! S’il est en accord avec elle…
Mais le sait-il même, il est si simple!
Il ne demêle pas ses tourments, il se derobe.
Il sait seulement qu’il faut pâtir et tenir ferme,
au-dessus de l’abîme entrevu, ici-bas,
dans l’accomplissement perpetuel de ses tâches,
dans la lourde camaraderie des saisons de sa vie.
La difficulte des nœuds dans l’aubier jeune,
la varlope adroite des compagnons,
les longs chemins couronnes par le chef-d’œuvre :
une table, un escalier, une charpente.
Un maillon à la chaîne et des chansons à boire.
O rochers et alignements des blocs des carriers,
jeux d’equerre et rites inquiets, maîtrise honnête.
O travail et douleur et vaillance, ô misère,
fierte des innocents dans la chaîne
et la gaiete du diable, debonnaire!
Il appareille sa vie comme on bâtit un mur,
avec des sentiments droits et des desirs inquiets,
avec des egards pour chaque pierre et de la bonhomie,
avec des projets et des fumees, avec des ruines,
avec ce qui dure peu, qui est eternel.
L’amour se meurt, sinon la mort le resilie.
Ils s’aimaient tant… La terre est noire et tout est bien…
Tout est mal! Est-ce qu’il l’ignore? Il respecte l’ordre.
Serviteur trop docile, sous les gestes de la soumission
un secret retenu chuchote dans son langage,
et jusqu’auprès des reposoirs solennels je crois que
brûle
un vent refractaire, mêle à l’adoration.
D’où sort son Dieu? Il l’a tire de ses marais,
de l’eau dangereuse où soufflent les monstres,
derivation de l’unique source qu’il devine,
influant tout desir, pure et sans nom…
Intime ennemi dont il ne prend pas la mesure,
maître ou esclave de l’energie interdite,
son regard lui forme un visage et son elan l’exhausse.
Il le couronne pour s’exorciser, pour pouvoir vivre ici.
Haut fronton edifie au-delà des nuages
pour sommer les œuvres de son effort patient,
caution de la bonne mort sur la vie difficile,
sceau pour les calamites et les exploits,
cet homme avait cree Dieu pour sa gloire,
pour sa recompense et par fierte.
Comme la vie peut devenir une clairière habitable
jusqu’à repousser l’ombre qui s’approche!
Rival des rivières elancees et des montagnes
qui le soir venu pâlissent et l’apeurent,
à l’ecole de ce qui l’emeut il forme de la beaute
pour se faire l’âme plus fine et pour la proteger.
Les meubles luisent auprès de lui, dans la chambre
où sont passes les grands-parents qu’il retrouvera.
Donateur dans la compagnie des autres, donateurs,
à l’appel d’un lointain qui s’accomplit indefiniment
au long de la rêverie où quelle rumeur,
emergeant du profond, promet la mer,
il regarde les armes de son courage :
la toiture et le feu, la charrue, le cadran.
Et moi je l’ai connue aussi dans mon enfance,
la beaute sortie de la main pour notre usage familier,
agreee dès l’aube par la nature… L’enfance
a prolonge les frontières d’une contree qui fut,
accueillante partout selon le lieu et la lumière.
Les formes qu’approfondit un eclat de l’origine,
les rapports saisis dans les vieux gestes adroits,
avec les sortilèges naïfs, les recettes pour conjurer
appartiennent à ceux qui les aiment encore parmi notre
âge,
eclaircies brûlantes, sourires d’une alliance qui a dure,
bouffees d’une patrie qui me preserve et que je comble
au cœur reserve d’une image.
Les deploiements et les encoignures,
la maison où l’on descend et où l’on monte,
avec le grenier qui inquiète et la cour pour rassurer,
l’arrangement de la verdure et du soleil fidèle,
avec les pierres, avec la lune et la pluie fine, avec le vent,
la maternelle maison où l’on est bien.
J’ai participe à la douceur, à la colère,
aux prestiges entrevus parmi les savoirs quotidiens.
Vieux pays en lutte, avec des manières avenantes…
Mêle aux bêtes pensives, aux roues en mouvement,
j’ai attendu dans son attente, j’ai connu la plenitude
que me promettait dans le defaut emouvant
une saveur incomplète.


VIEUX PAYS - ANDRe FReNAUD